Calédonie Ensemble pour un 3ème accord et la suppression des deux autres référendum

Le 3 août 2018, le Secrétaire général de Calédonie Ensemble Philippe Michel était l’invité de l’émission politique « Transparence » sur RRB. Ses propos n’ont pas manqué d’attirer l’attention car ils marquent une réelle inflexion du positionnement politique de Calédonie Ensemble sur plusieurs sujets politiques sensibles dont celui des référendums de sortie de l’Accord de Nouméa. Ainsi :

 

  1. Si le Secrétaire général de Calédonie Ensemble maintient une volonté affichée de son parti de dialoguer avec les indépendantistes, contrairement à ses homologues du camp loyaliste, il développe une thèse nouvelle : le 1er référendum est qualifié « d’occasion rêvée (…) pour que ça dégénère » en raison de l’opposition frontale entre les deux camps, tandis que les deux autres référendums sont considérés comme « une machine infernale pour le maintien de la paix en Nouvelle-Calédonie  parce qu’on est à peu près certain que si on entre dans ce tunnel-là, à terme, au bout, ça sera des désordres en Nouvelle-Calédonie », raison pour laquelle il souhaite au nom de Calédonie Ensemble que ces référendums n’aient pas lieu.

C’est à la fois une remise en cause de l’Accord de Nouméa et une vision effrayée d’un processus de décolonisation que 827 parlementaires tout de même, réunis en congrès à Versailles le 6 juillet 1998, n’ont pas eu peur de constitutionnaliser.

Mais au-delà de ce constat, ce positionnement de Calédonie Ensemble revient surtout à reconnaître implicitement  que même si le NON à l’indépendance que beaucoup à droite souhaite massif l’emportait, il s’agirait d’une victoire à la Pyrrhus, que la droite  ne serait pas tirée d’affaire pour autant et que la question de l’accession du pays à la pleine souveraineté resterait à l’ordre du jour. En gros, c’est reconnaître implicitement que le NON n’apporterait aucune solution durable et apaisée pour l’avenir du pays, ce qui est un excellent démenti au slogan appelant à dialoguer pour « un avenir dans la France aux couleurs de la paix » et une admirable confirmation de ce que les indépendantistes disent et répètent depuis plusieurs années, à savoir que la seule issue porteuse de paix et de stabilité est l’accession du pays à sa pleine souveraineté.

 

  1. Le secrétaire général de Calédonie Ensemble préconise en lieu et place des deux référendums, un 3ème accord avec les indépendantistes. C’est du Frogier en différé. En substance, son raisonnement est le suivant : nous jouissons d’ores et déjà d’une indépendance politique si l’on excepte des compétences régaliennes, il faut rechercher des souverainetés ou indépendances utiles (économiques : moins dépendre des transferts de la France ; indépendance alimentaire ; indépendance énergétique, indépendance minière et métallurgique,...), inutile de s’encombrer avec la gestion forcément complexe et trop lourde des compétences régaliennes mais par contre, il faut y calédoniser les emplois (haut-fonctionnaires, magistrats, gendarmes, officiers supérieurs, etc…). Selon lui, ces points sont à mettre dans le panier de négociations avec les indépendantistes. En échange, il souhaite réviser le corps électoral restreint pour les provinciales, revoir la clé de répartition car la population du sud est passé des 2/3 aux 3/4 de la population globale. Il envisage donc un « rééquilibrage dans le rééquilibrage ».

 

  1. En conclusion, le ton de la campagne se durcit et Calédonie Ensemble lève un coin du voile et révèle sa nouvelle stratégie : pas de 2e ni de 3e référendum mais un 3e accord qui troquerait des éléments de souveraineté contre le maintien dans la France.

Cela étant, Calédonie Ensemble reconnaît implicitement qu’une victoire du NON à l’indépendance le 4 novembre prochain n’apportera aucune solution de paix et de stabilité politique durables pour le pays.

C’est un aveu que Pierre Frogier de son côté a déjà concédé à sa manière le 5 juin dernier lorsqu’il déclarait sur l’antenne de RRB : « ...si c’est le non à l’indépendance qui l’emporte, tout reste à faire et c’est là que ce sera compliqué. (...) Il faudra bien, parce que ce sont les fondamentaux que nous avons posés depuis l’Accord de Matignon, que l’on engage un dialogue, des discussions, et qu’on trouve aussi une solution avec les indépendantistes. Donc je veux dire aux calédoniens que ce sera compliqué même si au mois de novembre, le 4 novembre, ils refusent l’indépendance »[1].

Quant à Sonia Backès et ses Républicains Calédoniens, ils ne sont pas en reste eux non plus. Ils admettent que « Même large, une victoire des loyalistes au référendum n’effacera pas la revendication indépendantiste. »[2], d’où leur proposition d’un « droit permanent à l’autodétermination »[3] consistant en l’organisation tous les 25 ans d’un référendum local sur l’indépendance, pour peu que la moitié des électeurs inscrits sur les listes électorales en ferait la demande.

Au total, le seul enseignement qu’on peut tirer est qu’en fin de compte, Calédonie Ensemble, le Rassemblement-Les Républicains et ses satellites et les Républicains Calédoniens sont en train de leurrer et de mener les calédoniens en bateau en leur faisant miroiter une nouvelle fois une énième solution durable dans la France alors qu’ils savent très bien que la seule issue qui permette d’installer une bonne fois pour toutes une paix et une stabilité politique durables dans le pays est son accession à la pleine souveraineté et à l’indépendance, issue qu’il est inutile de tout le temps esquiver et qu’il faut se décider une bonne fois pour toutes à en discuter avec les indépendantistes.

[1] Emission « Transparence » sur RRB le 5 juin 2018

[2] Revue juridique politique et économique de Nouvelle-Calédonie – n° 31, page 28

[3] Idem