« La seule solution qui permette la paix et la stabilité politique, c’est l’indépendance »

A quelques semaines du référendum d’autodétermination, le président de la province Nord, Paul Néaoutyine dresse le bilan de la situation et trace les perspectives. Rencontre.

 Le pays n°143 - Septembre 2018 - Interview de Paul NEAOUTYINE

Le Pays : A l’approche de la consultation sur la pleine souveraineté du 4  novembre,  certaines  inquiétudes se  manifestent  aussi  bien  dans  un camp  que  dans  l’autre : le  pays souverain  de  demain  aurait-il  les moyens  de  maintenir  les  aides  sociales allocations familiales, le minimum vieillesse ?

Paul  Néaoutyine : Tout  le  monde n’est   pas   inquiet   mais   il   est   vrai aussi  que  tout  changement  suscite des questionnements.   Nos   adversaires n’ont de cesse de faire peur aux citoyens  du  pays  en  assénant  sans preuve que si le Oui à l’indépendance l’emportait le pays sombrerait dans le chaos. Ils agitent comme épouvantail le Vanuatu. A ce sujet, je voudrais dire deux choses : d’abord, si  nos voisins et frères  vanuatans  ont choisi  l’indépendance, c’est  qu’ils  n’étaient  pas  heureux  sous  le  condominium  franco anglais,  ensuite  il  n’est  pas  possible de  comparer  nos  deux  pays,  ici  nous avons   des   richesses   minières   qui ont généré une économie et une richesse que nos voisins n’ont pas.

Il ne viendrait à l’idée de  personne  de  sensé  de comparer  le  Produit  Intérieur  par  habitant  de la  Nouvelle-Calédonie avec ceux de pays indépendants comme le Qatar, Monaco, Singapour, la Guinée Equatoriale, Les  réalités  de  chacun  de  ces  pays sont  tellement  différentes.  Comme on dit en français : comparaison n’est pas raison. Comparer l’incomparable, c’est  au  mieux  de  la  paresse  intellectuelle,  au  pire  de  l’ignorance  ou  une escroquerie,  ça  dispense  de  réfléchir

A    entendre  nos  détracteurs,  il  n’y aurait  plus  de  bourse  pour  nos  étudiants,  il  y  aurait  moins  d’écoles,  de collèges,  de  lycées,  il  n’y  aurait  plus d’aide   médicale,   plus   d’évasan,   les investisseurs  fuiraient,  il  n’y  aurait plus  de  retraites,  plus  d’allocations, plus de nickel, nos ressources marines seraient  pillées, la  propriété  privée remise  en  cause,  la  violence  submergerait le pays. Bref, à les écouter, avec l’indépendance,  même  le  soleil  ne  se lèverait plus ! Ça serait l’apocalypse ! Tout  ça  n’est  ni  sérieux,  ni  responsable.

Historiquement, les avancées de  ce  pays  ne  doivent  rien  à  l’administration coloniale. A l’issue deuxième guerre ce sont les Américains qui ont construit les infrastructures, les routes, les aéroports, mécanisé l’agriculture.

La sécurité sociale, c’est l’Union Calédonienne de l’époque qui l’a créée. Les banques vont s’effondrer ? C’est la délégation du FLNKS qui a obtenu, à Oudinot, la création de la BCI et de l’ICAP. Les autres banques sont venues après. Pourquoi les défenseurs du système colonial ne s’en sont-ils jamais souciés ? Parce qu’ils profitent du système : ils placent leur argent ailleurs, sur la Gold Coast, en Nouvelle-Zélande et peut-être même jusque dans le Golfe Persique au lieu d’investir dans le Pays, de créer des emplois et de la richesse ici. Ce n’est pas la France qu’ils aiment mais leur portefeuille !

On nous dit : les investisseurs vont partir ? Allons bon ! Rien que ça ! Les investisseurs ne sont pas des idiots.

Malgré la perspective de l’indépendance, deux usines de nickel se sont créées dans le Pays faisant largement appel à des capitaux privés. Sont-ils partis ? NON. Ceux qui investissent vraiment dans le pays, qui travaillent vraiment à la création et au développement d’un tissu économique local productif, pourquoi cesseraient-ils leurs activités et renonceraient-ils à leurs intérêts après l’indépendance ? C’est absurde. Au lendemain de l’indépendance, les compétences continueront à exister et à s’employer. L’accord de Nouméa a prévu la création d’un conseil du crédit, il ne s’est réuni qu’une fois !

C’est dire le peu d’intérêt que les dirigeants du pays ont pour l’investissement local ! En Province nord, nous, les indépendantistes, nous avons réussi à créer,malgré les coups tordus des dirigeants loyalistes, une usine de production de nickel, KNS, dans laquelle la collectivité provinciale via la SMSP détient 51% du capital et aussi 51% des parts de l’usine SNNC en Corée et 51% des parts dans un nouveau projet en Chine. La plus-value dégagée par ces trois unités, au lieu de retomber dans les  poches  d’intérêts  privés,  ira  dans les caisses de la collectivité et permettra  de  financer  les  besoins  sociaux, de  santé,  d’éducation  et  diversifier l’économie  du  pays.

Qui  agit  pour le bien commun? C’est nous les partisans  du  OUI,  pas  nos  adversaires qui  n’ont  d’autres  arguments  que  de faire  peur  pour  sauvegarder, non pas le lien avec la   France, mais leurs propres   intérêts de  profiteurs  du  système colonial et de ses niches fiscales. Aveuglés par la peur de perdre leurs privilèges, nos adversaires préfèrent pratiquer la désinformation plutôt que de regarder la réalité telle qu’elle est.

Quelle est cette réalité ? La Province nord consacre chaque année entre 600 et 700 millions pour les bourses. Plus de deux milliards pour des constructions ou rénovation de groupes scolaires. L’aide médicale gratuite c’est nous, les indépendantistes, qui l’avons créée ! Et nous la finançons à hauteur de 4 milliards ! Nous valoriserons le minerai à basse teneur en nickel dans une usine en Chine dans laquelle notre collectivité est majoritaire. Nous contrôlerons notre zone maritime exclusive en coopération avec d’autres pays de la zone et en partenariat, si besoin est, avec la France.

Notre projet politique -il suffit de le lire- garantit la propriété privée des personnes et nous assurerons demain la sécurité des biens et des personnes comme il se doit. Nous avons voté en faveur du minimum vieillesse. Pourquoi ce que nous avons fait hier, ce que nous faisons aujourd’hui, cesserions-nous de le faire demain ? C’est absurde. Le recours à la peur et aux mensonges au mépris de toute évidence, ne contribue pas à élever le débat.

Le Pays : Les partis indépendantistes ont débuté la campagne en faveur du oui à l’accession du pays à la pleine souveraineté, qu’est-ce que le pays a à gagner de cette possible évolution institutionnelle ? Comment anticipez-vous les conséquences économiques et sociales de l’accession du pays à la pleine et entière souveraineté ?

PN : Je crois que j’ai déjà répondu en partie précédemment. Nous allons y gagner en dignité pour le peuple Kanak dont l’identité a été bafouée au long de notre histoire. Les autres communautés, l’ensemble des
citoyens vont aussi y gagner en dignité. Pourquoi ? Nos adversaires ne cessent de dire que « nous ne sommes pas prêts pour l’indépendance ».

Qu’est-ce que cela veut dire ? Que nos concitoyens sont des incapables ? Des incompétents ? Que l’expérience acquise à construire tout ce que nous avons construit ensemble ces vingt dernières années d’exercice de compétences nouvelles, tout cela ne vaudrait rien, ne constituerait aucune expérience professionnelle ? Que les opérations de formation comme Cadre-Avenir n’auraient formé que des ânes ? Alors oui, c’est aussi une question de dignité : nous sommes un peuple majeur, les citoyens de ce pays ne sont pas des gosses irresponsables, incapables de gérer leur propre pays. Il faut en finir avec ce mépris de classe affiché par nos adversaires envers nos concitoyens.

Ce que nous allons gagner aussi, c’est un meilleur contrôle des flux financiers vers l’extérieur, la répression des évasions fiscales qui siphonnent les richesses du pays produites par nos travailleurs. Nous allons y gagner une meilleure redistribution de la richesse et une économie qui repose davantage sur un tissu productif local que sur les importations ou les exportations de minerai que nous pouvons valoriser sur place. Nous pouvons ainsi créer de l’emploi et par la suite avoir des meilleurs comptes sociaux et publics.

Le Pays : Certains craignent, si le pays est indépendant, de perdre leur biens, notamment fonciers. A l’inverse d’autres se posent la question pourra-t-on encore revendiquer
nos terres ?

PN : J’ai déjà eu l’occasion de le dire, nous les Kanak nous avons été chassés de nos terres par la colonisation. Nous avons été relégués comme les Cheyennes et les Apaches dans des réserves que l’administration a appelées tribus. Le lien à la terre est fondamental dans notre culture, les noms que nous portons s’y rapportent. Nous avons, nous les indépendantistes, proposé la coexistence de trois types de foncier : les terres coutumières redistribuées, sur lesquelles s’exerce le droit coutumier ; les terres de droit privé ; et les terres publiques appartenant aux collectivités de la Nouvelle-Calédonie.

Le processus de rétrocession de nos terres va se poursuivre, demain comme il se poursuit aujourd’hui, par la préemption et le rachat par l’ADRAF des terres revendiquées mises en vente. Certains propriétaires ont peur d’être expulsés. Cette peur est infondée mais elle est exploitée électoralement. Nous entendons rester dans le droit prévu par les accords. Il faut savoir que les Kanak n’ont jamais revendiqué toutes les terres. Par ailleurs, quand certains colons de la côte est sont partis pendant les « Evènements » ils ne se sont pas retrouvés nus, dans la misère, sans rien à se mettre sur le dos ou sous la dent. L’Etat les a largement indemnisés et ils se sont installés sur de grandes propriétés de la côte ouest.

La seule solution politique qui permette aujourd’hui de clore définitivement le débat sur l’avenir de notre pays et permette que la paix et la stabilité politique s’y installent durablement, c’est l’indépendance.

Le Pays : L’Uni s’efforce de convaincre au-delà de ses rangs et au-delà du monde kanak, comment cette approche se fait-elle concrètement ?

PN : Que ce soit à travers nos discours, nos écrits ou nos actes, nous essayons de toujours délivrer le même message. Nous disons et répétons à tous nos concitoyens, kanak ou non-kanak, indépendantistes ou non, qu’au regard de notre histoire politique commune, il ne sert plus à rien de continuer à tergiverser.La seule solution politique qui permette aujourd’hui de clore définitivement le débat sur l’avenir de notre pays et permette que la paix et la stabilité politique s’y installent durablement, c’est l’indépendance.

Et puisque l’occasion nous sera donnée le 4 novembre prochain de le décider - ce sera la première fois en effet que l’on est interrogé clairement et sans équivoque sur la question -, nous disons à tous les citoyens calédoniens, en tout cas celles et ceux qui sont dans le corps électoral du référendum : mobilisez-vous massivement et votez oui en faveur de l’accession du pays à l’indépendance. Ce message nous l’adressons bien sûr aux ressortissants kanak, titulaires authentiques du droit à l’autodétermination en tant peuple colonisé de ce pays.

Nous leur disons que si le oui l’emporte le 4 novembre prochain, c’est l’objectif pour lequel la lutte a été engagée il y a plusieurs années qui se réalise et c’est le combat commencé il y a longtemps par tous nos vieux et nos aînés pour conquérir notre dignité, notre liberté et notre émancipation qui aboutit et s’accomplit.

Mais ce message, nous l’adressons également aux non-kanak, ceux avec qui nous avons accepté de partager l’exercice de notre droit à l’autodétermination parce que nous les avons reconnus en 1983 à l’issue de la Table Ronde de Nainville-les-Roches comme les « victimes de l’histoire », mais aussi ceux que nous avons accepté de reconnaître par la suite dans le cadre des accords politiques successifs de 1988 et 1998 comme faisant partie de la population intéressée aux affaires du pays et à son évolution politique et institutionnelle. Nous leur expliquons que continuer à vouloir le maintien du pays au sein de la République française est une absurdité parce qu’au stade où il est parvenu aujourd’hui, c’est un pays déjà quasiment indépendant et qu’il est donc stupide de continuer à avoir
peur de l’indépendance puisque nous y sommes pratiquement et la vivons déjà. Je pense honnêtement qu’il s’est produit une évolution des mentalités au sein des communautés non-kanak. Elles sont aujourd’hui beaucoup plus réceptives à notre discours et ne sont plus dans une attitude de rejet systématique. Certains nous disent ouvertement maintenant qu’ils n’ont plus peur de l’indépendance mais demandent que l’on se rencontre pour discuter ensemble de la façon dont sera organisée la société dans le futur pays indépendant. Cela ne peut pas mieux tomber car à l’UNI justement, nous avons produit un fascicule exposant notre vision de l’avenir et du vivre ensemble dans un destin commun. C’est assez encourageant car c’est le signe que dans le pays profond, chacun a pris la mesure des efforts sur soi qu’il a fallu consentir après les « Evènements » douloureux du passé pour se reconstruire et renouer le dialogue. Je ne sais pas si chacun en est conscient, mais cela me renforce dans l’idée que les communautés non-kanak ont tout à gagner à s’émanciper totalement et définitivement de la droite calédonienne dont le discours est devenu aujourd’hui un frein à l’évolution des mentalités et un obstacle à l’émancipation du pays parce que c’est le discours de la peur dont le but est uniquement la défense des intérêts de la bourgeoisie nouméenne, et un discours dévalorisant sur l’incapacité des Calédoniens à se prendre en charge eux-mêmes... Nous qui vivons dans le Nord, nous savons bien que tout cela ne correspond à rien et que la Nouvelle-Calédonie réelle et profonde est un autre pays.

Le Pays : Le Palika s’est prononcé en faveur d’une indépendance en partenariat avec la France, qu’est ce que cela signifie ?

PN : Si le vote est favorable à l’indépendance, le pays va entrer dans une phase de transition au cours de laquelle va s’ouvrir forcément entre le pays souverain et la France une période de discussions. Les résultats devront être entérinés par le Parlement français, une procédure de reconnaissance du nouvel Etat par
la communauté internationale va s’engager. Il faudra aussi, en attendant l’élaboration de la Constitution, assurer la continuité des institutions et du service public, mettre en place les mesures de sécurité pour stabiliser le pays après le référendum, réexaminer les conventions qui lient la France et le pays (sécurité sociale, assurances, banques, éducation etc…). Enfin il faudra étudier les modalités d’exercice des compétences régaliennes. Parallèlement, les compétences nouvelles que nous ne serions pas en mesure d’exercer pleinement dans l’immédiat feront l’objet d’accords de partenariat avec la France selon
des modalités qui dépendront de la négociation. Il faudra négocier avec la France le statut des ressortissants français dans le nouvel Etat et inversement le statut des nationaux du nouvel Etat résidant en France, la
double nationalité, la poursuite de la coopération de fonctionnaires français. Bref, par la force des choses cette phase de transition sera aussi une phase de partenariats, notamment avec la France qui pourra s’étendre jusqu’en 2022, terme de l’Accord de Nouméa. Cela ne se fera pas d’un coup de baguette magique.

Le Pays : Le compte administratif 2017 de la province Nord, qui permet de dresser le bilan de l’exercice 2017 fait état d’un bilan déficitaire, quelle est votre analyse de la situation ?

PN : L’exercice 2017 fait apparaître un résultat déficitaire de 1,9 milliard. Un réajustement à la baisse des dotations de la Nouvelle- Calédonie intervenu en cours d’exercice (août 2017) est à l’origine de ce résultat. Il faut donc se poser des questions sur les prévisions données par la Nouvelle-Calédonie pour la préparation de notre budget primitif. Le fonds de roulement de la province, le fameux « matelas » tellement vilipendé ces dernières années, va permettre une fois de plus d’amortir ce déficit. Ce processus ne peut pas perdurer, les seuls efforts et mesures d’économies engagées par les services de la province ne seront pas suffisants pour l’arrêter. Pour l’avenir, pour que la collectivité puisse continuer et pérenniser ses politiques publiques, il sera nécessaire que la province n’assume que les dépenses relevant de ses propres compétences alors qu’aujourd’hui elle assume pour plus de 11 milliards pour le compte de la Nouvelle-Calédonie. Il faut que nous soyons vigilants face aux tentatives de diminuer l’assiette de la clé de répartition. Il nous faudra aussi rationaliser les choix budgétaires et rechercher des financements notamment auprès d’instances internationales.

Le Pays : Il se dit beaucoup de choses autour de l’usine du Nord, notamment que votre exécutif alourdement endetté la collectivité, pouvez-vous nous éclairer sur la situation ?

PN : Il se dit beaucoup de choses sur l’usine du Nord. Hier, nos adversaires disaient qu’elle ne sortirait jamais de terre, eh bien elle est là ! Ils disaient que le montage à 51% pour la SMSP ne marcherait jamais. Eh bien ça a marché. Ils disaient « oui mais il va falloir payer l’usine à hauteur de 51% », eh bien non, c’est le partenaire à 49% qui paie l’intégralité de l’investissement industriel et minier, et ce sont les résultats de l’activité de transformation du minerai de nickel qui paieront la quote-part de la SMSP. La Province n’a pas mis un seul franc, ni engagé financièrement la collectivité dans le financement de cette usine. Y compris lors de la crise de 2016. D’ailleurs à quel titre la Province serait-elle autorisée à s’endetter dans un projet industriel privé de classe mondiale ? Un peu de bon sens. Même une société d’économie mixte ne le pourrait pas. Il y a des règles en matière d’intervention publique et un contrôle de légalité qui vérifie la licéité des décisions. Et puis sur quoi porterait l’endettement de la province puisque 98% du financement de l’usine est à la charge de Glencore, l’associé de la SMSP ?

Le Pays : La stratégie de diversification de l’économie est-elle toujours d’actualité ? Quels sont les secteurs porteurs pour asseoir le développement économique de demain ?

PN : Bien sûr qu’elle est d’actualité ! La stratégie de diversification vise à générer une économie reposant sur l’exploitation et la valorisation des ressources naturelles renouvelables appelée à prendre le relais d’une économie essentiellement stimulée par l’activité nickel. Les besoins croissants notamment dans la zone VKP ne trouvent pas toujours une offre du fait que les acteurs sont plutôt tournés vers la construction, le
BTP, le roulage. A côté des activités traditionnelles, agriculture, élevage, pêche, sylviculture, il y a des perspectives prometteuses dans les domaines de la pharmacopée et de la cosmétique, l’aquaculture, la pisciculture, dans l’agroalimentaire et l’industrie de transformation.

Le Pays : Depuis les accords de Matignon et de Nouméa, de nombreuses compétences ont été transférées à la Nouvelle-Calédonie, le bilan de ces transferts est-il positif de votre point de vue ?

PN : Rappelons d’abord que les transferts en question concernent les compétences mentionnées à l’article 21-III de la loi organique et les établissements publics énumérés à son article 23, à l’exception de l’ADRAF. Rappelons aussi que ces transferts sont irréversibles. Ces compétences nouvelles viennent s’ajouter à celles que la Nouvelle-Calédonie détient déjà et qui lui ont été transférées automatiquement au moment de l’entrée en vigueur en mars 1999 du nouveau statut du pays issu de l’Accord de Nouméa. En tant qu’indépendantiste, je ne peux donc que me féliciter de ce qui a été fait car au stade où nous sommes rendus en matière de conquête de l’indépendance, il est indéniable que tous ces transferts ont considérablement élargi le périmètre de la souveraineté de notre pays.

En effet, la Nouvelle-Calédonie gère désormais la presque totalité des compétences qui organisent la vie quotidienne de sa population. Ce que j’ai dénoncé par contre et que je continue à le faire, c’est l’inertie qui a caractérisé ce chantier des transferts et qui fait qu’aujourd’hui, à la veille de la consultation sur l’accès à la pleine souveraineté, les compétences inscrites à l’article 27 et un établissement public, l’ADRAF, n’ont toujours pas été transférés alors que, je le rappelle, l’Accord de Nouméa a prévu que toutes les compétences à transférer devaient l’être au cours du second et du 3ème mandat du congrès, de sorte qu’au 4ème mandat il n’y ait plus de transfert à réaliser sauf celui
des compétences régaliennes qui se ferait si l’accession à l’indépendance était décidée à l’issue du référendum. Cette inertie n’est pas le fait des indépendantistes mais toujours du même camp, la droite dite loyaliste.

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer, cette majorité politique installée à la tête du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie jusqu’en 2004 n’avait jamais engagé la moindre initiative auprès de l’Etat pour préparer ces transferts. C’est seulement avec le gouvernement de Mme Thémereau en 2004 que cela a été fait et le processus s’est réellement déclenché au lendemain du 6ème Comité des signataires
de décembre 2007, après que le Premier Ministre F. Fillon ait déclaré que « les transferts de compétence de l’Etat vers la Nouvelle-Calédonie sont le véritable moteur du processus de l’Accord de Nouméa : sans les transferts de compétence, ni la lettre ni l’esprit de l’Accord de Nouméa ne seraient respectés. ».

Cette inertie perdure toujours concernant les derniers transferts mais cette fois-ci par pure mauvaise volonté politicienne ou par blocage idéologique parce que, qu’il s’agisse de l’ADRAF ou de l’article 27, les sujets ont été étudiés et les conditions et options de transfert évaluées et préparées.

Jeunesse : Le FLNKS joue la proximité pour le "Oui"

Référendum : Les jeunes du FLNKS mènent la campagne pour le OUI. Depuis une semaine, le FLNKS s'est installé dans un local au centre-ville. Objectif : jouer la proximité.

Publiée par Caledonia la télé qui nous rapproche sur Mercredi 19 septembre 2018

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